Lettre ouverte du Maire de Manosque sur la situation du Centre Hospitalier de Manosque, les engagements obtenus pour son avenir et les priorités qu’il entend défendre :
Hôpital de Manosque : refuser la fatalité, choisir l’action
Chères Manosquines, chers Manosquins, chers habitants du territoire.
Il y a deux ans, j’ai pris une décision lourde de sens : démissionner de la présidence du Conseil de surveillance du Centre Hospitalier de Manosque. Cette décision était un cri d’alerte. Je refusais de cautionner une situation qui voyait les urgences fermer régulièrement la nuit, notre hôpital s’enfoncer dans des difficultés financières et, surtout, l’absence de réponses concrètes de l’État face à cette situation. Je vous l’avais dit à l’époque : ma démission ne signifiait pas que j’abandonnais le combat. Bien au contraire.
Depuis, beaucoup de choses ont évolué. Avant d’accepter de reprendre la présidence du Conseil de surveillance, j’ai souhaité obtenir des garanties. Je ne voulais pas revenir pour retrouver exactement la même situation qu’il y a deux ans. Et ces garanties, je les ai obtenues.
Au cours d’une réunion de travail avec Yann Bubien, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur, plusieurs engagements importants ont été pris en faveur de notre établissement. Quelques jours plus tard, les conclusions de l’audit réalisé par l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (ANAP) sont venues confirmer qu’une trajectoire crédible existait pour redresser durablement notre hôpital. Je dois d’ailleurs le reconnaître avec franchise : j’abordais cet audit avec beaucoup de scepticisme. Je craignais un rapport de plus. J’y ai finalement trouvé une analyse lucide, sérieuse et surtout des perspectives concrètes.
Le message est clair : il n’y a pas de fatalité. Non, il n’y a pas de fatalité à voir un hôpital public durablement en déficit. Non, il n’y a pas de fatalité à renoncer à son développement. Les difficultés sont réelles, mais elles ne sont pas une condamnation. Elles peuvent être surmontées à condition que chacun assume pleinement sa responsabilité.
Ces deux dernières années, les collectivités territoriales ont pris leur part. La Ville de Manosque, DLVAgglo, le Département, la Région et les communes de notre territoire se sont mobilisés pour accompagner à hauteur de 5 millions d’euros le développement de notre hôpital. Aujourd’hui, l’Agence régionale de santé a, elle aussi, pris les engagements que nous attendions. Près de 5 millions d’euros sont également injectés par l’ARS pour accompagner financièrement notre établissement et nos soignants.
Nous avons donc obtenu une bouée de sauvetage. Mais une bouée ne permet pas, à elle seule, de rejoindre la rive. Elle évite de couler. Pour retrouver durablement le bon cap, il faut que nous ramions tous dans la même direction. La direction de l’hôpital, les équipes médicales, les soignants, les partenaires institutionnels, les élus : chacun a un rôle à jouer.
Le mien est clair. En tant que président du Conseil de surveillance, je ne dirige pas l’hôpital. Je n’arrête ni le budget, ni les recrutements, ni les décisions de gestion. En revanche, j’ai la responsabilité de représenter notre territoire, de défendre notre hôpital auprès des pouvoirs publics et de veiller à ce qu’il remplisse pleinement sa mission de service public. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. L’hôpital de Manosque ne bénéficie pas d’un hôpital de référence, contrairement aux hôpitaux régionaux comme Apt, Cavaillon, Pertuis ou Brignoles qui, eux, peuvent s’appuyer sur Avignon, Aix, Toulon ou Draguignan.
Cette mission commence par une priorité absolue : la réouverture des urgences la nuit. Il y a trois ans, le choix de concentrer les effectifs sur la journée était malheureusement devenu inévitable afin d’assurer la sécurité des patients. La nuit, seules les urgences vitales sont prises en charge grâce au SMUR (structure mobile d’urgence et d’animation).
Aujourd’hui, la situation a évolué. Les effectifs se sont renforcés. Les urgences fonctionnent de manière stabilisée en journée. La prévention auprès des Manosquins permet de ne pas embouteiller les urgences pour de la « bobologie ». Des unités de soins non programmés ont ouvert à Forcalquier et Manosque, et la Maison médicale de garde (au sein du bâtiment des urgences) fonctionne parfaitement le dimanche grâce aux médecins libéraux.
Cette première étape était indispensable. La suivante est désormais clairement identifiée : retrouver un service d’urgences accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les habitants de notre territoire l’attendent. J’en fais aujourd’hui ma priorité et je porterai cet objectif avec une détermination sans faille.
Plus largement, notre hôpital devra retrouver une activité plus importante. Car un hôpital est avant tout un service public. Lorsqu’il soigne davantage de patients, il rend davantage de service public à la population. Cette ambition ne passera pas par un plan de licenciements comme envisagé : on ne relance pas l’activité d’un hôpital en fragilisant son organisation mais en faisant confiance à chacune et chacun des membres de son organisation. Elle reposera au contraire sur une meilleure organisation des équipes, afin de renforcer les services les plus en difficulté, d’améliorer les conditions de travail des personnels et de mieux répondre aux besoins des patients. C’est cette dynamique que je souhaite accompagner, dans le respect des femmes et des hommes qui font vivre cet établissement au quotidien.
Je n’ignore rien des difficultés qu’il reste à surmonter. Mais je sais aussi que nous disposons aujourd’hui d’une occasion que nous n’avions plus depuis longtemps. Ne la laissons pas passer, saisissons-là.
Notre hôpital mérite que nous avancions tous dans la même direction, au service des habitants de notre territoire.
C’est avec cet état d’esprit que j’ai accepté de reprendre la présidence du Conseil de surveillance. Et c’est avec la même détermination que je continuerai à défendre notre hôpital, notre santé et nos vies.
Parce que je crois en notre hôpital.
Parce que je crois en celles et ceux qui le font vivre chaque jour.
Et parce que je suis convaincu qu’il n’y a plus de fatalité.
Camille Galtier
Maire de Manosque
Président de DLVAgglo
Président du Conseil de surveillance du Centre hospitalier de Manosque